La lumière bleue pourrait réduire les intoxications alimentaires liées à la consommation de poulet cru
Cette technique peu coûteuse constitue également une alternative viable à la chloration
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Une lumière bleue de faible intensité pourrait être la clé pour réduire considérablement les intoxications alimentaires causées par le poulet cru au Royaume-Uni, ont découvert des scientifiques de l'université de Reading.Campylobacter est la cause la plus fréquente d'intoxication alimentaire bactérienne dans le monde. Rien qu'au Royaume-Uni, on recense chaque année des centaines de milliers de cas, ce qui représente un coût annuel estimé à 700 millions de livres sterling en soins de santé et en perte de productivité.
Dans une étude publiée dans la revue Microbiology, des chercheurs de Reading, en collaboration avec l’Agence pour la santé animale et végétale (APHA), ont testé une nouvelle technique appelée « inactivation photodynamique bleu-violet » (VB-PDI) sur 64 souches différentes de Campylobacter, présentes dans environ les trois quarts de tout le poulet cru vendu au Royaume-Uni. Chaque souche a été éliminée par ce traitement, quelles que soient l'espèce ou son profil de résistance aux antibiotiques.
Ces résultats s’appuient sur des recherches antérieures qui avaient montré que les traitements à la lumière bleue pouvaient s’avérer plus efficaces que le traitement au chlore pour éliminer certaines souches bactériennes spécifiques. Le poulet chloré est courant aux États-Unis, mais peu répandu en Europe ; il constitue un exemple emblématique des différences entre les normes alimentaires et des barrières commerciales entre les États-Unis et l’Europe.
Si la cuisson élimine Campylobacter, la contamination croisée liée à la manipulation de viande crue est considérée comme la principale voie d’infection. Les symptômes durent généralement environ une semaine et comprennent des crampes d’estomac, de la fièvre, des nausées et, dans de nombreux cas, une diarrhée sanglante.
La technologie VB-PDI consiste à projeter une lumière bleu-violet visible et sans danger sur les bactéries, ce qui amène les molécules naturellement présentes à l’intérieur de leurs cellules à produire des niveaux létaux de composés destructeurs appelés « espèces réactives de l’oxygène ». Point essentiel : cette méthode ne nécessite aucun contact physique avec les aliments ni aucun ajout de produits chimiques, ce qui en fait une option prometteuse pour le traitement des carcasses de volaille dans les usines de transformation après l’abattage, avant que les produits n’atteignent les consommateurs.
Les chercheurs estiment que si cette technique permettait de réduire la contamination des carcasses de poulet d’un facteur 100, la proportion de carcasses fortement contaminées arrivant dans le commerce de détail pourrait passer d’environ 1 sur 10 à seulement 1 sur 50.
L’équipe n’a par ailleurs trouvé aucune preuve indiquant que la bactérie Campylobacter puisse développer une résistance à ce traitement. Les souches déjà résistantes aux antibiotiques ont été éliminées avec autant d’efficacité que celles qui y étaient totalement sensibles. Lorsqu’une souche a été exposée à plusieurs reprises à la lumière au cours de 15 cycles en laboratoire, dans le but de forcer l’apparition d’une résistance, aucune augmentation de la tolérance n’a été observée.
Le Dr Aidan Taylor, de l’université de Reading et auteur principal de l’étude, a déclaré : «Campylobacter est un microbe véritablement redoutable, et son abondance dans la chaîne alimentaire, combinée à une résistance croissante aux antibiotiques, en fait un problème très difficile à résoudre.
Ce qui est passionnant dans cette approche basée sur la lumière, c’est qu’elle ne repose absolument pas sur des produits chimiques ou des antibiotiques, ce qui permet de contourner entièrement le problème de la résistance. Nous avons démontré son efficacité contre un large éventail de souches réelles prélevées directement sur de la volaille britannique, y compris les souches multirésistantes qui nous inquiètent le plus, et nous n’avons trouvé aucune preuve indiquant qu’une résistance pourrait se développer. C’est cette combinaison d’une large efficacité et d’une grande durabilité qui en fait une option si prometteuse pour réduire la contamination avant même que le poulet n’arrive dans la cuisine des consommateurs. »
Comme le VB-PDI utilise des LED simples, de faible puissance, dotées d’une longue durée de vie et dont les coûts de fonctionnement sont minimes, l’équipe estime également qu’il pourrait constituer une option peu coûteuse pour les producteurs de volaille, y compris dans les pays à faibles et moyens revenus où les infrastructures de sécurité alimentaire sont limitées.
Le programme de surveillance de l’Agence pour la santé animale et végétale (APHA) fournit une image exceptionnellement détaillée des souches de Campylobacter circulant dans la volaille au Royaume-Uni. Cela a permis aux scientifiques de tester la technologie sur une véritable diversité de bactéries, plutôt que sur des souches de laboratoire uniquement.
Le Dr Samuel Connelly, de l’Agence pour la santé animale et végétale, qui a codirigé la recherche, a déclaré : « Les résultats cohérents observés sur plusieurs espèces et profils de résistance sont très encourageants. Bien qu’une évaluation plus approfondie à l’aide d’échantillons de viande contaminée soit nécessaire, la simplicité et l’adaptabilité de cette technologie suggèrent qu’elle pourrait être mise en œuvre à différentes étapes du processus de production alimentaire. Une telle application pourrait réduire la prévalence de Campylobacter au sein de la chaîne alimentaire et, par conséquent, contribuer à diminuer l’incidence des maladies d’origine alimentaire. »
Des travaux antérieurs menés par la même équipe avaient mis en évidence les raisons moléculaires pour lesquelles Campylobacter est si sensible à la lumière bleu-violet. Les chercheurs indiquent que des essais supplémentaires sur des carcasses de volaille naturellement contaminées, dans des conditions réelles de transformation, sont désormais nécessaires avant que cette technologie puisse être commercialisée.
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